mardi 17 octobre 2006

I don't care if monday's blue.























Never say forever 'cause nothing lasts,
Dancing with the bones of my buried past.

Foo Fighters - D.O.A



Et bien voilà, depuis la dernière bavure de juin, de l'eau a coulé sous les ponts et de la vodka sur mes doigts.

En fait, j'étais dans le coma des transports en commun pour aller en commu ce matin, et je me suis dit "on rigole, on picole, mais ce blog manque cruellement d'articles tristes qui vous foutent le moral par terre dès la première phrase". C'est ça qui brillait par son absence, c'est ça qui caractérisait mon manque d'inspiration de ces derniers mois: le manque de couilles d'écrire un amoncellement de mots dénués de tout humour décalé qui sied si bien à la volonté de se voiler la face, chose que j'apprécie tout particulièrement.


Manque de motivation.


Manque de l'étreinte qui vous enserre les tripes au moment le plus innopportun, celle qui vous souffle "just log on, darling, and write it down!".


Manque cruel de personnalité, surtout. Pas de "je", de tranche de vie, même pas le courage d'afficher ma tronche, alors que l'on est quand même ici pour se rincer l'oeil et se gargariser du mal-être des autres avant tout. Besoin de me prouver un quelconque changement? Perhaps. Perhaps. Perhaps.


Alors j'ai essayé de trouver un sujet triste, un peu comme si Bambi était mort d'une overdose. Pour ce faire, j'ai du plonger dans mon enfance, enfin mon adolescence.
En effet, quoi de plus triste qu'un ado gras, boutonneux et habillé comme une truite? Un ado qui fait du latin.

Il me souvient encore, mes 15 ans allaient bientôt sonner et j'étais penchée sur ma feuille de vocabulaire de type "aqua, aqua", concoctant une énième version peu soucieuse des règles de grammaire sur les aventures de César et de ses tapettes de soldats, savourant un je ne sais quoi parfumé d'insouciance, caractéristique notoire de la préadolescence de base. Pas de problème d'études, de famille, de "est-ce qu'il m'aime vraiment?", de "Fuse ou soirée DVD?", "talons ou baskets?", etc. La bonne vieille époque ou chaque geste, semblant d'implication et d'expression d'opinion personnelle n'entraînait pas un choix cornélien, une peur panique de mal faire, avec l'assurance de forcément se tromper lourdement et de ruiner sa vie, ainsi que ses chances de réussir/aimer/s'assumer/trouver sa voie et j'en passe. Non hein, ces dilemmes qui, on le verra des années plus tard, ne sont que foutaises, sont destinés aux gens qui ont 16 ans. En attendant, nous sommes bien calés dans nos 15 balais et ne pensons strictement à rien...

Un léger sourire éclairait mes lèvres alors qu'aucun murmure ne venait troubler le calme de la classe, pour une fois. Cet abus de bonne humeur totalement innocent et désintéressé n'a eu pour effet que de faire paniquer notre cher professeur, qui s'enquit immédiatement d'une quelconque moquerie de ma part par un "Johanne, pourquoi tu rigoles pour rien?" lancé à la volée, une lueur d'inquiétude au coin des lunettes.


Nous y voilà.


"Pour rien".


Si j'avais connu Manatane à cette époque, j'aurais répondu "JE TE MERDE NICOLAS". Mais en ces temps reculés, mes connaissances en matière de répartie cinglante laissaient fortement à désirer. J'ai donc marmonné un vague "Bah...comme ça", ce qui ne lui a bien entendu pas suffi. Elle aurait sans doute préféré se voir asséner un bon "votre gueule de conne me fout la gerbe, ça doit être votre chignon", car l'ado rebelle est beaucoup plus facilement catégorisable que l'ado rêveur et innocent: la sanction tombe plus vite, le problème s'estompe, une autorité supérieure donne son aval, vite fait et sans bavures. Pas de temps à perdre afin de connaître la raison de quelque chose qui n'en vaut pas la peine.

Le bonheur dérange, et ce pour l'unique raison que tout son poids tient dans sa légerté. Difficile à décrire, impossible à transmettre et à saisir dans son entierté: une absence positive du négatif?

Alors que c'était la vérité, c'est ça le pire : je souriais vraiment pour rien. Et pour personne. Juste par bien-être inconscient. Les années passant, cette théorie de la justification abusive et arbitraire devait faire preuve d'une croissance exponentielle de toute beauté.

Tout a une raison.
Tout doit se justifier.
Tout doit être bien rangé.

L'innocence, l'insouciance, le bien-être. La simplicité ne suffit plus, même le raison du rire doit être tunée et customisée à l'excès afin d'honorer la tendance actuelle qui veut que même le macramé soit cérébral et profondément complexe, histoire de dire que l'on a quelque chose dans le crâne: ce ne sont pas des fils tressés, c'est de l'ART.

La vie ne fait tellement pas de cadeaux qu'un simple sourire suffit à susciter l'émoi de qui n'a rien d'autre à foutre et ne fait nullement l'effort de se pencher sur la nature d'un acte si banal. La différence fait peur et les gens qui font la gueule ont le monopole, car eux ont forcément du plomb dans la cervelle, vu qu'ils sont torturés et tiraillés en tous sens.


Tout ça pour dire qu'aujourd'hui je rigole toujours pour rien. Je souris toute seule en me remémorant des parcelles de bonheur passé, en profitant du présent et je spécule quant à de futures parties de franche rigolade. En toute impunité.
Et ça me réconforte de voir que ça emmerde toujours autant le monde. Au moins une chose qui ne changera jamais et qui me confère un semblant de stabilité...


2 commentaires:

  1. cet article manque de croisière immobile.

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  2. Et encore, moi les cours de latin me donnaient rarement envie de sourire -_-'

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