lundi 5 janvier 2009

Put a little mustard on it.






















We passed upon the stair,
We spoke of "was" and "when".
Nirvana - The man who sold the world




Quand on va sur le site paroles2chansons.com, on tombe sur le message suivant : "A compter de ce jour, nous avons décidé de suspendre la diffusion et l'accès aux paroles de chansons". Et ça, c'est un peu con.

BREF

Bon, j'avoue, c'était une tentative un peu inespérée de relâcher la pression avant de me mettre à déblatérer sans fin sur un sujet vaste et obscure.

J'aime bien quand tu me bottes le cul. Parce que je suis la première à le faire pour les autres mais que tu es l'un des rares à posséder les éperons nécessaires à ce genre de pratique. Ça me remet la tête en place et je chiale et je me relève et tout est mieux.

Le truc c'est que tu ne comprends pas certaines choses, et que même si je comprends cette incompréhension, je me meurs un peu de pouvoir un jour t'ouvrir les yeux.

Donc, on va tenter ça maintenant.

Tu me l'as dit texto, tu ne me comprends pas. J'ai eu envie de te prêter ma peau, l'espace d'un instant. Pour que tu entrevoies.

Pour que tu entrevoies que rien en fait.

Et c'est là que je me demande s'il existe une rhétorique adéquate au fait que demain n'existe pas. Non pas que, comme le chantait Smash Mouth "Today is just another yesterday", ce serait trop simple. Juste que, demain n'est rien.

Demain n'a de valeur que celle que l'on veut lui donner, et je ne suis pas disposée à ne fut-ce que lui prêter quelque chose. Pas envie de l'attendre, de le comprendre, de le gérer. Et ça c'est con mais quand je m'apprête à te le dire, que les mots sont sur le bord de mes canines, mon sternum se contracte et ma vision s'embrume, ça ne sort pas. Comment te traduire 10 ans de réclusion morale, de remises en question, autrement qu'en hurlant? Mais non, pas moyen, même en murmurant.

Trop de mots peut-être?

J'ai cherché les métaphores, en vain, jusqu'il y a à peine deux jours.
Il y a deux jours, dans "10000 litres d'horreur pure" de Gunzig, j'ai lu que ça "éclate comme un soleil" et c'est vraiment ça. Ça prend la tête, ça te colle une migraine instantanément et surtout, ça t'aveugle. Ça t'empêche de voir ce que tu aurais dû, ce que tu n'aurais pas dû, et surtout ce que tu aurais pu. Toutes ces choses hypothétiquement réalisables, et pire que tout réalisées par les autres, que toi, tu ne connaîtras jamais. Ou alors juste par une facette, encore plus frustrant. Des regrets, des remords, des occasions manquées. Juste parce que tu ne voyais rien, tu ne voyais que ton propre soleil à la con.


Parfois j'ai envie de te prendre par le bras et de t'entraîner là où je ne connais que trop le chemin, mais ça ne servirait à rien.


mardi 25 novembre 2008

I bet you look good on the dancefloor.
















No need to hesitate, no need to concentrate,
No need to slow things down with conversation.
Hot Hot Heat - Conversation




" On y est. J'avais pas envie mais bon. Comme si c'était hier.

C'était hier en fait.

Mais plus sombre qu'un autre hier. On peut dire que le temps a passé, voire même fracassé.
Un peu ma tête, beaucoup mes neurones.
Un peu mes lèvres, beaucoup mes épaules.
Un peu lourd à porter, mais justifié.

J'aurais tellement voulu ne pas avoir à l'écrire, ne pas avoir à le dire ni à le penser. L'idée est apparue un jour dans un coin de ma tête. J'ai essayé de l'empêcher de croître comme une mauvaise herbe déguisée en poulpe, comme des ronces en forme d'angoisse. Elle s'est donc développée dans son coin, en rongeant petit à petit ma conscience.

Le jour où elle a explosé, je n'ai rien vu venir. Ça s'est emballé, c'est le problème quand on ne parle pas de la même chose, qu'on ne sait pas qu'on parle de quelque chose d'ailleurs. J'aurais bien voulu ne pas te dire "tu". Ne pas devoir utiliser une autre langue.

Depuis c'est le brouillard, mais chiant. C'est d'une platitude intolérable à l'écrit, mais la vie a perdu de son goût. Plein d'images se succèdent en sifflant de manière obscène, l'une remplace l'autre et je ne trouve rien à y redire, c'est le prix à payer. Alors j'assume. En me rongeant et en me torturant.
C'est le prix à payer.


Comme quand je regarde les photos et que je me demande à quoi tu penses, en essayant de déchiffrer ce qui passe dans tes yeux, ce qui défile à travers tes cils.
Comme quand je me retiens de refaire le passé, de changer les mots, les gestes, les lieux, les ambiances.



Je mentirais si je disais que tu me manquais. "


lundi 18 août 2008

I'm finally dandy with the "me" inside.
























Does the punishment fit?
Or drag your style to zero?
IAMX - Kiss and swallow



" J'étais en train de faire la file au supermarché (pas "tranquillement", sans adverbe, quoi). Ni plus, ni moins. Je n'attendais rien, n'espérais rien. C'était juste une file, pas la pesée de l'âme et de la plume, merde.
Je patientais, les bras surchargés de denrées aussi variées qu'inutiles. Comme toujours, j'avais oublié de prendre liste, sacs et paniers. Encore un jour à faire la mule, mais ouais. J'en étais à réfléchir sur le complot mené par les grandes surfaces à propos des sacs en plastique payants qui ne sont pas écologiques pour un balle, vu qu'on en rachète toujours, vu qu'on les oublie tout le temps, quand soudain.

(Oui, "quand soudain" ça fait cliché. Mais j'aurais pu écrire "quand tout à coup", et ça c'est pire).

Quand soudain, je le vis. Genre 1m35, les cheveux châtains en bataille, les yeux gris délavé dénotant un certain intérêt pour le néant. Les bras maigres, posés sur un corps un peu difforme. Moi, quoi. Mais à sept ans. Ses lèvres (ou mes lèvres, au choix) bougeaient, mais je ne parvenais pas à franchir la barrière sonore des 500 autres personnes en train de dépenser en comptant. Je décidai donc de me rapprocher (oui c'est logique mais essaye de faire le lien autrement).

"422, 23 juin 1974, tu as été en retard au dîner et ton père t'a fait dormir dans le jardin"

Hein? (d'accord, "hein" ça ne s'écrit pas mais faut encore savoir quoi écrire à la place)

"647, 12 novembre 1979, ton premier procès pour harcèlement, 25 heures de travaux d'int..."

Trop. C'en était trop (ou du moins, ça faisait beaucoup en une fois). Ce petit con était en train de dresser le bilan de ma vie, ou plutôt de le hurler dans un super U. Le bilan négatif de ma vie, pour être exact. Toute ces choses que je croyais oubliées et qui m'affaiblissent encore trop aujourd'hui.

Alors, il a continué : "598, 5 décembre 1977, tu as tabassé Tom à coups de batte parce qu'il s'était moqué de ton nouveau blouson".

Alors, je n'ai plus tenu : je lui ai balancé mes courses une à une dans la gueule (plus de langage soutenu je veux bien mais c'est juste un brouillon). D'abord, avec un certain calme et des gestes que l'on pourrait qualifier de posés si on ne tenait pas compte de l'aspect psychiatrique de la chose, je lui ai écrasé trois oeufs sur la tête. Un par un, en lui malaxant bien les cheveux. J'entends encore les coquilles se fissurer puis céder en lui égratignant le coin des yeux et les pommettes. Ca, c'était juste avant la pizza. On ne dira jamais assez merci aux ingénieurs du Dr Oetker d'avoir créé de si belles pizza. Au diamètre épousant parfaitement les contours du visage d'un jeune enfant, le recouvrant jusqu'aux oreilles histoire de l'étouffer plus facilement. A la garniture si grasse, se transformant presque instantanément en bouillie au pouvoir obstruant assez intéressant. Vint le tour du vinaigre (tu crois vraiment qu'il faudrait arrêter la description alimentaire? C'est le meilleur pourtant...). Mais il ne criait pas. Il ne bougeait pas. Il avait la tête de celui qui attendait ce moment depuis toujours. Au moment de la moutarde (promis c'est le dernier détail gastronomique), les choses se sont envenimées. Les images se sont comme brouillées, pour faire place à une autre, nettement moins drôle : celle d'une grande blonde affublée d'une robe verte pas terrible, hurlante et échevelée, me lacérant le bras via ses ongles laqués rouge pute. Elle s'époumonait, mais bien comme il faut. Elle tenait dans ses bras un blondinet au regard vide de vie (on m'a dit ce jour-là que c'était ça, un état de choc et ... Ok je me tais!), à la bouche pleine de chiffres et de dates incohérents, qu'il égrenait d'une voix forte mais mal assurée. D'une voix d'adulte mal dans sa peau.
A chaque fois que je repense à cette scène, c'est marrant, on augmente mes doses et on remplace le capitonnage d'au moins un des murs de ma cellule qu'ils préfèrent appeler "chambre". J'aurais bien continué mais voilà Franck qui arrive avec le vallium. Le Vallium, même. Mais j'imagine qu'on se reverra. Tous. "


vendredi 25 juillet 2008

Do it for the monsters under your bed.


















A friend with breasts and all the rest,
A friend who's dressed in leather.
Placebo - Pure morning




" Si chacun de tes mots avait été un jet de boue, je serais morte étouffée, chaque pore de ma peau rebouché à jamais par ta violence pour la dernière fois lâchée en liberté.

Mais malheureusement non, donc je survivais.

Le malaise en devenait obscène tant il était palpable. Tu as inévitablement fini par m'en vouloir.
Après tout, c'était ma faute.
C'était ma faute si tu devais te laisser aller à tant de médiocrité, à te transformer en canon chargé aux insultes et aux calomnies. Si je n'avais pas fait tant de conneries irréparables à tes yeux, si j'avais été une autre, tu n'aurais pas du passer de l'autre côté de la rive pour avoir un meilleur recul afin de me lapider bien dans les règles.

Et donc, pour tout ça, tu m'en voulais.

Au final, tu attendais une ovation, une quasi-vénération, et comble du mauvais goût, une boîte de Ferrero Rocher. Le problème était que, quand je te voyais, ça me rendait nerveuse. Mais pas en bien. Pas comme des butterflies à la con voletant sur mon stomach, non.
Non.
Quand je te voyais, ça me donnait juste envie d'être ailleurs, d'un coup, quitte à devoir te renverser puis te piétiner pour arriver à destination.
Je n'ai jamais compris ce que tu voulais réellement de moi. La pitié prenait le pas sur le combat et inversement, au gré des jours et de tes crises.
Tu n'attendais probablement rien au départ et on aurait du en rester là, à vivre chacune de notre côté, chacune dans sa souffrance.
Ca m'aurait éviter d'avoir à déchiffrer le dégoût que je lisais hier dans tes yeux, de prendre en pleine tronche tes regards de mépris, de devoir déterrer un semblant de tolérance du vert-de-gris de ton iris inquiétant.
Je me sentais comme baignant dans de la mélasse sale et stagnante, dans laquelle on s'enfonce inévitablement, qui enserre d'abord les chevilles, pour venir entraver les genoux puis bloquer définitivement le bassin, assurant ainsi une mort lente et pleinement consciente.

Parfois, une trêve s'instaurait. On rêvait d'une vie meilleure, on espérait, ton visage se détendait, tes mains étreignaient même parfois les miennes. Et les salves de colère reprenaient de plus belle, m'atteignant plus profondément encore.

Tes 5 derniers mois de vie m'ont fait penser à un match de catch : des pains dans la gueule, du ridicule et l'entourage pour venir achever le perdant déjà à terre.
On dit que c'est le cancer qui parle. Tu aurais du lui confisquer son mégaphone.


Peut-être alors se serait-il lassé de perdre sa voix au fil des mots qui blessent, qui dérangent, qui me démangeaient tellement de te mettre une baffe.

Peut-être alors aurait-il daigné te laisser une journée, une nuit, même une heure de répit, sans t'abandonner haletante et en sueur une fois la crise passée.

Peut-être alors ton dernier regard n'aurait-il pas été chargé de cette haine conquérante, ton visage déformé par la vengeance, ton corps déjà tendu vers l'autre côté du miroir.

Tout a commencé dans la boue, tout y finira. "


samedi 14 juin 2008

The monkey on your back is the latest trend.























Call me up before you're dead

We can make some plans instead
.





" Si les souvenirs étaient biodégradables, et tablons sur 5 ans de processus histoire de donner des chiffres au peuple, le sol serait couvert d'un amas gluant à l'odeur tenace.
Rose. Noir. Mais gluant. Mais rose.
Enfin, ça dépendrait de la composition chromatique du souvenir. Donc en gros ça donnerait du gris.

Il en était là de sa réflexion.
Il était "là", d'ailleurs.

Complètement glauque, inutile, flou, courbé.

La tête dans une main, l'autre caressant rageusement le colt lové dans sa poche. En toute décontraction.

Les rames de métro se succédaient depuis plusieurs heures devant son visage buriné par le sort et ses sales coups, les yeux enfoncés, tenus à l'écart de sa vie par le rideau de ses paupière trop lourdes. Comme si un voile de peau allait l'empêcher de se mettre bien en face de ses conneries, y compris de celles qu'il aurait tant voulu faire...

Les rames se succédaient, donc. La raison pour laquelle ce ballet ne prenait pas fin donnait envie de lever les yeux au ciel en soupirant : il n'arrivait pas à décider quelle rame serait la bonne. Bien que "bonne" ne soit pas la terminologie exacte, mais avec un tant soit peu de vodka, un mot en vaut bien un autre, convenez-en.

Les rames se succédaient depuis bientôt 6 ans, pour être tout à fait honnête.

Il était là.
A se concentrer sur sa vie, plutôt que sur sa cible. Et il revenait "là" chaque jour, au point de faux départ.

A considérer, supputer, contrebalancer, comparer.

C'est qu'il avait du mal à sauter le pas. Du mal à choisir quelle personne, quel cadavre allait faire basculer sa vie bien pépère vers les abîmes de la cavale, de la course-poursuite très terminable vu qu'il était un peu con. Il avait toujours voulu faire quelque chose de plus que les autres. Pour en finir en beauté.

Quelque chose d'extraordinaire, fou, cinglant, imposant.

Un coup d'éclat qui le ferait voir autrement par son entourage, qui lui accorderait peut-être même un entre-filet post-mortem des plus délicieux dans la gazette locale. Qui sait. "Qui" en sait vraiment long sur la question.

Mais lui pas.

Ainsi, les minutes s'égrenaient, dégoulinant et oxydant les heures qui s'entrechoquaient en chuintant.

En le tiraillant, questionnant, humiliant, pressant.

Tout ça pour en arriver à ne tuer personne. F...on va l'appeler "F." pour commencer, allait encore lui coller une baigne pour cause de fainéantise aggravée, mais il s'en foutait. Ici, il avait toujours l'impression d'être quelqu'un. D'être un vrai tueur à gages, statuant sur le sort de sa prochaine victime. Il imaginait des sévices, des tortures sans nom. Sans images non plus, heureusement. Juste pour la frime intérieure.

F., c'était sa femme.

Juste chiante, aigrie, morne, autoritaire.

Et potentiellement morte.
Sa voix perçante le hantait depuis ce foutu jeter de terre sur son cercueil, il y a bientôt ... 6 ans de cela. Elle avait toujours aimé donné des ordres, il n'y avait pas de raison que tout s'arrête du jour au lendemain juste à cause d'une bête cessation d'activité biologique.
C'est elle qui lui donnait le "là" à chaque fois. "Là" était pas mal de choses.

A la fois géographique, philosophique, mental, physique.

Cette mort lui avait donné pas mal d'idées, à F.. Elle avait désormais un nouvel objectif : le pousser à bout. L'obliger à mourir, probablement pour avoir une plus grande emprise sur lui, pour l'avoir à ses côtés. A jamais. Il disait "probablement" quand il en parlait à son psy, parce qu'il ne savait pas très bien. La communication n'avait jamais été son fort et une fois morte, elle n'avait pas franchement progressé.
Pour lui, la mort n'avait pas vraiment d'importance. Il voulait juste clôturer sa vie par un feu d'artifices.
Tant qu'il hésiterait, elle hurlerait.

Elle l'invectiverait, torturerait, menacerait, détruirait.

Mais ça ne comptait pas pour lui. Rien ne comptait pour l'instant, hormis l'acier mêlé aux couleurs criardes du carrelage et les pubs qui s'enchaînaient à toute vitesse, l'ensemble défilant sans complexe sur un fond musical plus qu'improbable.

Il en avait envie, il était de très bonne volonté, même. Après tout, c'était presque un tueur, qu'on se le dise.

Le supporter de foot avec le bichon sous le bras?
Ce serait rendre service à l'humanité et il n'était pas du genre bénévole et merci bien.

La vieille en train de pester sur les jeunes habillés d'un fluo douloureux pour ses yeux fatigués par la cataracte?
Ce serait trop évident et d'une envergure lui valant une place dans News of the World plutôt que dans le Times.


Il lui fallait LA proie. Quelqu'un d'aimé, histoire qu'il devienne quelqu'un de regretté.

Alors, elle a débarqué. Comme si c'était prévu.

Ca aurait pu être préenregistré, monté, pré-mâché, offert.

En plein milieu du quai, il n'a pas bien vu comment. On aurait dit qu'elle était faite pour ça. La nuque dégagée du col de son grand imper, la démarche assurée et claquante du haut de ses talons en bois. Elle posait sur le monde ce genre de regard, vous savez, celui qui mérite des baffes. Dès qu'elle posait ses pupilles cerclées d'un vert mordoré sur quelqu'un, on avait l'impression de lui appartenir et bien pire, de tout lui devoir. Ce genre de filles à qui on ne peut pas dire non, à qui on peut juste tout offrir pour entrer dans ses bonnes grâces, pour se sentir s'élever, pour ensuite se rengorger en public. Il l'a alors approchée. Il a vu la courbe de son cou, offerte au canon de son colt encore vierge de tout meurtre.
Il a vu une autre courbe, celle de la balle s'enfonçant dans son épiderme, faisant voleter les cartilages, meurtrissant les chairs, pour finir par se loger en plein dans la moelle osseuse, comme il en avait toujours rêvé.

Du moins, c'est ce que j'ai cru lire dans ses yeux, alors que je l'observais depuis plusieurs heures, tapi derrière un distributeur de KitKat.
Du moins, c'est ce que j'ai cru lire dans sa vie.

C'est ce que j'avais envie d'imaginer, une histoire sur pattes, avec une colonne vertébrale et des muscles pour se mouvoir.
Seulement, ses paupières tombantes trahissaient sa faiblesse, me garantissant ainsi une fin plus que non-désirée : le happy end. Le prototype même de la fin qu'on aime détester, celle que l'on croit faire partie de la vie des autres et jamais de la nôtre. Il avait l'air tellement con, il aurait été capable de bégayer une déclaration d'amour débile, elle aurait eu pitié, aurait marché en plein dedans et ça n'aurait été qu'en empirant.
Elle lui aurait redonné goût à la vie, lui faisant oublier sa femme et sa carrière insignifiante, lui donnant l'amplitude et l'altitude qui lui avaient toujours fait défaut et toutes ces conneries.
Il serait devenu un autre.

Quelqu'un de reconnu, apprécié, redouté, respecté.

Juste quelqu'un.

Sa vie, c'était mon idée.
Mon mi-roman, mi-polar dont aucun éditeur n'avait voulu. Hors de question qu'il saborde ma propriété intellectuelle. Il n'avait pas le droit de la vivre.

Plutôt crever.
Plutôt les crever, pour être exact.

C'est pourquoi, MOI j'ai eu le cran de prendre mon colt. Pour un descriptif plus complet, voir plus haut et multiplier par deux.
Plus de détails, ça nous ferait tomber dans le mauvais goût, non? "


vendredi 23 mai 2008

Jump around if your mind can't work.


















You used to call me "Schnookums" and shit like that
Now you're after me with a baseball bat.
Smash Mouth - Pet names




Désolée, mais regarder par terre, c'est rêver. Et qu'on ne me les casse pas encore avec le ciel, l'avenir, l'espace et toutes ces conneries.
En ce moment, je ne jure que par le sol.
Parce que c'est concret, ça reste là (presque) indéfiniment. En absorbant, en tremblant, en faisant pousser des choses qui se mangent. Par rapport à un truc tellement indécis qu'il n'est pas capable de garder la même couleur plus de 12h d'affilée, il me semble qu'il faut stopper l'argumentaire hein.

Là je sens que vous ne saisissez pas la corrélation entre stabilité et rêve, j'y viens.
C'est biscolaire, en fait.

Pour certains, le rêve c'est de tout construire à partir de rien pour déboucher sur le paroxysme de l'utopie. LE rêve, quoi.
Pour d'autres, c'est utiliser des matériaux de base et les recombiner pour former un semblant de chimère, pas trop réaliste mais pas trop tordue quand même. Comme ça, la chute est moins rude. Toujours cette récurrence de la chute, oui.

Et donc, j'appartiens à la seconde école : rêver, d'accord, mais dans les limites de la désillusion potentiellement acceptable.
Bref, le sol m'inspire. Non pas en songeant aux milliards d'êtres humains qui ont foulé ces terres avant moi, avec des vies fabuleusement pleines ou vides.

Non, ça je m'en fous.

C'est plutôt en pensant à tous ceux qui ne fouleront pas ce sol que je commence à rêver. Tous ces gens imaginaires, tous ces inconnaissables, tous ceux que j'aimerais croiser et que je ne croiserai jamais.
Voilà mon monde du moment.
Quand je vois des résidus de vieux chewing-gums, je me dis que celui qui possédait les mâchoires correspondant aux empreintes était forcément quelqu'un. De bien, ou même pas.
Il me prend par la main et on va faire un paintball.
Ou boire un thé à la violette, ne soyons pas sectaires.

Une des rares vérités assénées par l'un de mes anciens profs de marketing est la suivante : "Tu ne laisses pas aux autres l'occasion de pénétrer dans ton monde". Bon le contexte n'avait rien à voir mais merde. C'était la vérité. Ça l'est toujours, probablement.

Tout ça pour dire que regarder par terre, ça m'évite de scruter les alentours et de croiser de vrais propriétaires de mâchoires.

Qui ne me feront pas danser un slow bidon sur "Where is my mind?".
Qui ne me diront pas à quel point ils sont outrés de l'inutilité des ornithorynques sur cette planète.
Qui ne se moqueront pas des patineurs artistiques qui tombent dans la télé le dimanche après-midi.

Dommage, vraiment dommage.


jeudi 22 mai 2008

Hey close the kitchen.
























Ooo ooo what if maybe
I hadn't have met you, no I hadn't have met you.
Bromheads Jackets - What if's + maybes




Oh, des guillemets...



" Depuis que tu es entrée dans ma vie, rien n'est plus pareil.

Non, je déconne.


Aujourd'hui, je tente de rester guigne. Mais quand je te vois manger ton truc rose tout dégoulinant de glucose et de cholestérol, je me dis que la vie n'est pas ce qu'on pourrait croire, et ça c'est bien. Même si je ne situe pas très bien en quoi mais ça va venir.

Par contre ce soir, j'ai dit "comme toi' et cette phrase sera à élever au rang de regret, comme pas mal d'autres, soyons honnêtes.
Parce que ça m'a encore rapporté un whiskey-coca.
Et ça, c'est fâcheux.
Non seulement ça sent la céphalée à 3km mais en plus c'est trop fort. Pourtant, on aurait pu croire que les bulles auraient pu alléger l'histoire et apporter un frétillement salvateur pour les papilles, un peu comme un coup de klaxon dans un auditorium l'après-midi.

Mais non.

- Et là tu viens de badigeonner de crème chimique la seule partie de ton visage qui était encore plus ou moins propre, bravo.

C'est sirupeux, ça attache, ça arrache, au lieu de flirter avec la luette, d'entamer un fox-trot avec les papilles. Tout ça pour ensuite dessiner une belle barre en pointillés le long des sinus, qui restera collée là jusque tard dans la matinée. Le whisky-coca, c'est la raison première qui me pousse à vraiment lire la composition des cocktails sur une carte. Sauf que ce soir, ça a foiré.

Faut jamais dire "comme toi", ça n'apporte que des ennuis. Mais quand on est pris au dépourvu, c'est vrai que ça peut toujours servir. C'est un peu la roue de secours du consentement, la béquille de l'acceptation, pour les jours où plus personne ne répond au standard.

- Attention à la crè...non, rien, trop tard.

Et puis, on ne le pense pas vraiment, pas de blague hein.
On sait qu'on ne sera jamais "comme toi" et j'ai envie de te dire merci pour ça.
Merci de garder une part d'inaccessibilité, une part de cauchemar évaporé au loin.
Merci de maintenir cette distance vitale à nos libertés respectives.
Sans ça, on pourrait se fondre les uns dans les autres, se confondre à l'infini dans un jeu de miroirs maculés d'empreintes digitales. Je ne sais pas ce que j'ai envie d'être, mais j'ai quand même une vague idée du but à ne pas atteindre, de la ligne à ne pas franchir. Ce serait un peu dommage de ruiner tout ce non-concept, cette absence de réalisation, par un simple "comme toi".

- Par contre ce serait bien que tu arrêtes de manger, pour le bien de tous.

Juste par flemme, par désertion. Sauf que ce soir, je n'avais pas envie de réfléchir. C'est toujours en ce genre d'occasion que tout foire, que tout perd pied et ce soir-là, ça n'a pas loupé. Tu étais là, j'étais pas loin non plus.
Tu m'as regardé, détaillé, déshabillé.
Puis nos regards se sont croisés.

Et rien.
Mais rien, hein.

Tu as tout de même jugé bon de venir me parler de ta vie pendant 3h et comme d'habitude j'ai cédé. Je t'ai écoutée, encouragée à poursuivre, tout en ponctuant la moindre de tes phrases soit par un hochement de tête, soit par une moue approbatrice. Tu as tout gobé. Et voilà où on en est aujourd'hui, ça ne te fait pas peur?

- Je peux en ravoir un?
- Ta gueule. Enfin. "